Les 1 235 kilomètres qui font tourner l’économie mondiale
Comment quelques dizaines de kilomètres d’eau influencent le pétrole, les conteneurs, l’inflation et le commerce de 8 milliards d’habitants
Depuis quatre mois, la crise du détroit d’Ormuz rappelle à quel point l’économie mondiale demeure vulnérable.
Au plus fort de la crise, 54 superpétroliers transportant environ 87 millions de barils de pétrole (même lien) se sont retrouvés immobilisés dans le Golfe.
Les coûts journaliers d’affrètement des grands pétroliers ont bondi de 106 500 dollars à 190 500 dollars (https://www.reuters.com/business/energy/gulf-oil-tanker-rates-nearly-double-middle-east-producers-ramp-up-exports-2026-06-23/), certains atteignant même 470 000 dollars par jour (même lien).
Cette crise a rappelé une réalité souvent oubliée : une partie essentielle du commerce mondial dépend d’une poignée de détroits et de canaux dont la longueur cumulée n’excède guère la distance entre Paris et Rome.
1. Le détroit d’Ormuz
À son point le plus étroit, Ormuz mesure seulement 33 kilomètres (https://www.reuters.com/world/middle-east/what-is-strait-hormuz-why-is-it-so-important-oil-2026-04-17/).
Près de 20 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit environ 20 % de la consommation mondiale (https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/World_Oil_Transit_Chokepoints).
Près de 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié dépend également de ce passage (même lien).
Quelques centaines de kilomètres plus au sud, les navires rejoignent Bab-el-Mandeb.
2. Bab-el-Mandeb
Entre Djibouti et le Yémen, ce détroit ne mesure que 26 kilomètres (https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=40772).
Près de 6,2 millions de barils de pétrole par jour y transitent. Cela représente environ 9 % du pétrole transporté par voie maritime (même lien).
En remontant vers le nord, les navires atteignent ensuite le canal de Suez.
3. Le canal de Suez
Long de 193 kilomètres (https://www.suezcanal.gov.eg/English/About/SuezCanal/Pages/CanalDimensions.aspx), le canal de Suez concentre environ 12 % du commerce mondial et près de 30 % du trafic mondial de conteneurs (https://unctad.org/news/global-trade-impacts-red-sea-crisis-panama-canal-disruptions-and-black-sea-challenges).
En 2021, le blocage de l’Ever Given pendant 6 jours avait immobilisé plus de 400 navires (https://www.bbc.com/news/world-middle-east-56567985).
À l’entrée de la mer Noire, un autre passage joue un rôle essentiel.
4. Le Bosphore
Long d’environ 31 kilomètres (https://www.britannica.com/place/Bosphorus), le Bosphore voit passer plus de 40 000 navires par an (https://www.marad.dot.gov/wp-content/uploads/pdf/Bosphorus.pdf).
Près de 3 millions de barils de pétrole par jour transitent également par les détroits turcs (https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/World_Oil_Transit_Chokepoints).
À l’ouest de la Méditerranée, Gibraltar constitue une autre porte stratégique.
5. Le détroit de Gibraltar
Large d’environ 14 kilomètres à son point le plus étroit (https://www.britannica.com/place/Strait-of-Gibraltar), Gibraltar voit passer plus de 100 000 navires par an (https://www.imo.org).
Entre la Baltique et la mer du Nord, les détroits danois assurent une autre fonction vitale.
6. Les détroits danois
Près de 4,9 millions de barils de pétrole par jour transitent par ces passages (https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/World_Oil_Transit_Chokepoints).
À plus de 12 000 kilomètres de là, le canal de Panama relie Atlantique et Pacifique.
7. Le canal de Panama
Long de 82 kilomètres (https://pancanal.com/en/general-information/), il accueille plus de 14 000 navires par an (même lien).
Environ 5 % du commerce mondial et près de 40 % du trafic conteneurisé américain dépendent directement de cette voie (https://www.wsj.com/world/see-the-global-chokepoints-that-carry-much-of-the-worlds-trade-9683adf2).
En Asie du Sud-Est, le détroit de Malacca constitue l’autre géant du commerce maritime.
8. Le détroit de Malacca
Long d’environ 900 kilomètres (https://www.britannica.com/place/Malacca-Strait), il a vu passer plus de 102 500 navires en 2025 (https://www.reuters.com/world/asia-pacific/hormuz-crisis-throws-spotlight-worlds-largest-chokepoint-malacca-strait-2026-04-23/).
Près de 23 millions de barils de pétrole par jour y transitent, davantage encore qu’à Ormuz. Le détroit concentre environ 22 % du commerce mondial (même lien).
Et si…
Une fermeture d’Ormuz pendant trente jours affecterait environ 600 millions de barils (calcul à partir des 20 millions de barils/jour).
Une fermeture du canal de Suez obligerait les navires à contourner l’Afrique, ajoutant environ 6 000 kilomètres et jusqu’à 15 jours de navigation (https://unctad.org/news/global-trade-impacts-red-sea-crisis-panama-canal-disruptions-and-black-sea-challenges).
Les océans couvrent près de 362 millions de km² (https://en.wikipedia.org/wiki/Earth).
Pourtant, une partie essentielle de l’économie mondiale dépend d’à peine 1 235 kilomètres de détroits et de canaux.
Quelques centaines de kilomètres d’eau suffisent parfois à influencer le pétrole, les conteneurs, l’inflation et le commerce de 8 milliards d’habitants.
https://www.reuters.com/business/energy/hormuz-reopening-release-wave-oil-supply-depress-prices-2026-06-18/
Strait of Hormuz – About – IEA
Le détroit de Bab el-Mandeb est une route stratégique pour les expéditions de pétrole et de gaz naturel – Administration américaine de l’information sur l’énergie (EIA)
